La réforme du label ISR, entrée en vigueur pour les nouveaux fonds au 1er mars 2024, a clairement visé un positionnement plus écologique. Les promesses d’exclusion des énergies fossiles commencent à se concrétiser. Cependant, malgré des avancées notoires, des défis importants subsistent, notamment en matière de lisibilité et de rigueur des critères ESG.

Exclusions fortes et impact réel

Le nouveau référentiel bannit les entreprises liées à l’exploitation du charbon, aux hydrocarbures non conventionnels, et à tout projet fossilier nouveau (exploration, raffinage, transport). Cette mesure concerne environ 20 à 25 % des 1 200 fonds ISR en France. Les résultats sont concrets : d’après une étude Epsor (mars 2025), l’empreinte carbone des fonds labellisés a chuté de 10 % en un an, passant de 705 à 629 tCO₂e/million €, et les investissements dans TotalEnergies se réduisent drastiquement – de 20 % des fonds en 2023 à un seul fonds fin 2024.

Renforcement des critères ESG et double matérialité

La réforme a introduit plusieurs avancées structurelles : l’exclusion systématique des 30 % d’entreprises les moins bien notées sur les critères ESG pour les nouveaux fonds (contre 20 % auparavant) et le recours à la double matérialité [enjeux financiers et impact sociétal]. Les fonds doivent désormais démontrer leur politique climatique et suivre des indicateurs ESG rigoureux.

Contrepoints et défis à relever

Malgré ces progrès, certains défis demeurent :
  • Jusqu’à 20 % des fonds labellisés pourraient perdre leur label d’ici 2025, faute de se conformer aux exigences plus strictes.
  • Le label ISR reste jugé trop généraliste et parfois ambigu : sa promesse demeure "confuse", notamment face aux attentes grand public.
  • Face à ces limites, il faut insister sur la nécessité d’un encadrement renforcé au niveau européen pour éviter le greenwashing.
La réforme du label ISR marque une étape décisive : elle a concrètement tenu sa promesse d’exclusion des énergies fossiles et renforcé les objectifs climatiques et ESG. Toutefois, la mutation reste incomplète. D’un côté, certains fonds peinent à respecter les nouveaux standards ; de l’autre, la généralité du label reste un frein à sa lisibilité. Pour que l’ISR devienne un véritable levier de transition, il faudra parfaire la rigueur, clarifier les critères, et imposer plus de transparence – y compris sur la scène européenne.